Retour sur un formidable outil pour construire l’avenir ensemble

Qu’est-ce que la pensée design (Design Thinking)?

La pensée design ou design thinking en anglais ne date pas d’hier. Amorcée à partir des années 50, c’est dans les années 90 qu’elle prend son envol avec l’agence IDEO. Mais qu’est-ce que la pensée design au juste? Et comment la mettre en place à sa propre échelle?

 

Pourquoi faut-il penser design?

De la conception d’objets usuels à l’urbanisme, notre bon vieux Larousse définit le design comme une discipline visant à une harmonisation de l’environnement humain. Pour Tim Brown, designer industriel de formation et co-initiateur de la pensée design, être designer et penser en designer sont deux notions distinctes.

Selon lui, nous serions entrés dans une ère de la complexité (dont le raz de marée technologique et les défis environnementaux en sont des exemples). Dans ce contexte, il est impossible qu’une poignée de personnes responsables de l’innovation trouvent à elles seules les solutions aux grandes problématiques contemporaines. Et c’est pour traverser cette impasse qu’intervient le design thinking: pour réfléchir et trouver des solutions à plusieurs cerveaux, en croisant expertises, expériences, points de vue, angles d’analyse et tout ce qui peut nous différencier. La pensée design est ainsi un outil d’intelligence collective puissant pour innover et résoudre des problèmes.

 

Quelques dates clés

La pensée design amorce son arrivée en 1950 lorsqu’Alex Osborn initie l’idéation (brainstorming). Dix ans plus tard, l’université de Stanford lance son programme Product Design. En 1987, c’est au tour de Peter Rowe de publier un premier ouvrage sur le design thinking. Ces étapes préfigurent la création d’IDEO. Fondée en 1991 par David Kelley, elle est la première agence dédiée à ce nouveau mode de résolution de problème.

David Kelley est un fervent défenseur de la pensée design. Ami de Steve Jobs, il s’en sert pour soutenir la création de la toute première souris d’Apple. Imaginée à partir d’une version expérimentale développée par Xerox, elle nécessite des centaines de prototypes eux-mêmes testés par des focus groups. Le prototype retenu, à un seul bouton et avec une bille enrobée de caoutchouc, sera utilisé quasiment tel quel pendant près de 20 ans.

Jobs, grand convaincu de l’approche, l’utilise pour développer plusieurs de ses prestigieux produits, attirant les firmes technologiques à s’intéresser à IDEO. Le design thinking fait des émules, dont UBER et AIRBNB en sont le résultat.

Au début des années 2000, alors que Tim Brown est CEO, IDEO passe la barre des 500 collaborateurs contre 20 quelques années auparavant. L’agence multiplie les sites, publications et colloques dans les plus grandes universités.

En 1999, suite à un défi lancé par la chaine ABC News, IDEO crée un nouveau caddie d’épicerie.

 

Du design au développement social

En 2001, IDEO réalise un premier mandat de développement social pour une fondation en perte de vitesse qui désire revoir ses bases philanthropiques. La pensée design fait son entrée dans la société civile. De nombreuses organisations et associations y ont alors recours pour améliorer la qualité de vie dans les communautés.

 

Comment penser « design » dans le développement social?

Chez Dynamo, nous appliquons la pensée design pour plusieurs types de problématiques. Nous avons ainsi accompagné la Fédération des Centres d’Action bénévole (CAB) du Québec pour réfléchir collectivement à son avenir. Nous avons accompagné la Table Petite Enfance Famille (PEF) d’Acton Vale pour imaginer collectivement les innovations possibles afin de mieux soutenir les parents à développer leur plein potentiel. Nous avons aussi utilisé l’approche pour mettre au jeu notre façon d’accompagner les collectifs pour des planifications stratégiques territoriales. Cette approche est adaptable mais elle nécessite tout de même de suivre un certain processus.

 

Les grandes étapes de la pensée design

La Pensée Design ou Design Thinking: les étapes selon IDEO

  1. Poser les bases : diversité, questionnement, empathie et définition

Grand groupe, colloque, lac-à-l ’épaule, événement rassembleur ou comité de travail… le design thinking s’applique partout. L’important est d’abord de rejoindre des personnes ayant les profils les plus diversifiés possibles.  Ensuite, il faut avoir une question de départ débutant généralement par « Comment pourrions-nous… ». Puis vient l’étape importante de l’empathie. Plusieurs outils (observation, entrevues avec carte d’empathie, entrevues de groupe, etc.) peuvent alors être utilisés pour que chacun ait le plus d’information possible sur la question de base. Durant l’étape suivante dite de la définition, les éléments les plus importants à considérer sont mis sur la table. C’est à ce moment que la question d’origine est mise au jeu : est-elle toujours la meilleure ? Doit-elle changer ?

 

  1. L’importance de la bonne question

Einstein disait toujours, « si j’avais une heure pour résoudre un problème, je prendrais 55 minutes pour déterminer la question, et 5 minutes pour y répondre ». Se poser la bonne question est une étape très importante. C’est elle qui va permettre au groupe de procéder à une séance d’idéation (brainstorming).

 

  1. Le brainstorming ou idéation: de la suite dans les idées

Le but d’une idéation n’est pas d’avoir un jugement sur les idées mais de générer le plus d’idées possible. Le cerveau humain ayant tendance à revenir rapidement à ce qu’il connait, le facilitateur est très important à cette étape. Par plusieurs outils et stratégies, il va nous aider à rester plus longtemps dans notre cerveau droit, siège de l’intuition, de la créativité, de l’émotion et de la pensée fulgurante.

 

  1. L’étape du prototypage

Vient ensuite le moment plus concret de prototyper une réponse à la question révisée en équipe de 3 à 7 personnes. Il faut plusieurs séances de prototypages pour construire une réponse collective et, entre temps, diverses rétroactions après des présentations entre équipes, à des groupes cibles, à des rétrospections individuelles, aux synthèses de l’étape d’empathie. Une fois les prototypes établis, c’est le moment de les tester et de les bonifier avec les nouvelles données.

 

  1. Tester n’est pas échouer

« Le WD40 s’appelle ainsi puisque c’est le 40e prototype », France Brochu, directrice générale de Dynamo. Il n’y a pas eu 39 échecs mais 39 opportunités d’apprendre et 39 manières d’arriver à un prototype viable. Cette notion du droit d’expérimenter, d’échouer et d’apprendre de nos erreurs est fondamentale. Elle permet de se mettre au jeu et d’embrasser les idées folles et des solutions loin du schéma de pensée dominant.

Alors, n’hésitez pas! Peu importe la question à laquelle vous aimeriez trouver une réponse collective, pensez design!

Sébastien Beaudet, conseiller stratégique chez Dynamo

Pour aller plus loin

  • Visiter OpenIDEO
  • Télécharger la Boîte à outils du design thinking:
Boîte à outils du design thinking